La solitude des vieux

Les titres des médias concernant le vieux et la vieillesse mentionnent le plus souvent le mot CHSLD. On y traite des conditions minimalistes et les mauvais traitements à l’égard des ainés en manque d’autonomie dans plusieurs établissements. Je ne connais aucun vieux qui aspire à s’y retrouver dans son futur.

Il y aussi cette multitude de vieux autonomes ou semi-autonomes qui ont aussi besoin de soins ou d’attentions pour améliorer leur qualité de vie. Ils sont de plus en plus nombreux à la lumière de la nouvelle longévité de la vie. De nombreux organismes vouent leurs activités à rendre les vieux jours plus agréables en contraignant l’isolement.

Ces organismes où pullulent les bénévoles qui y vouent leurs journées entières à donner un coup de main à cette clientèle : soit par charité ou soit pour les loisirs. Je pointe ceux dont on parle si peu dans les médias comme un secret bien gardé.

L’autre jour, j’ai eu le privilège d’assister à l’assemblée générale de la « Table de concertation des ainés » pour le Centre-du-Québec. J’ai eu le plaisir de découvrir les dynamiques directions de plus d’une quinzaine de Tables de concertations locales qui regroupent, à leur tour, des dizaines d’organismes locaux tous voués aux services des vieux. Ces organisations s’adressent aux ainés autonomes et semi-autonomes pour combattre leur isolement. Ces bénévoles se dévouent pour organiser des loisirs, et plusieurs assistent les gens en fin de vie ou encore offrent divers  services même à domicile. L’autonomie a parfois ses limites. Chez les vieux, la pauvreté aussi s’ajoute à la nomenclature.

J’ai fait la découverte d’un monde souterrain, du secret le mieux gardé au Centre-du-Québec. Et partout au Québec !  Il s’agit de l’action humanitaire d’une armée de bénévoles auprès des ainés. On les trouve partout dans toutes les villes et petites municipalités et même dans des rangs isolés. Loin des tendances individualistes à la mode, cette cohorte de bénévoles consacre plus d’heures que ceux qui travaillent, rémunérés, en soulignant que plusieurs ont déjà un emploi.

Il y a les popotes roulantes qui livrent des repas à ceux qui peinent à se nourrir par isolement, les comptoirs alimentaires, les tablées populaires, les Moissons qui distribuent des aliments gratuitement.  Nourrir un humain, n’est-ce pas le besoin le plus élémentaire?  Mais il y a des organisateurs  bénévoles  pour les loisirs, pour les sports, comme la FADOQ.  Le monde culturel ne saurait rayonner sans une participation volontaire des ainés.  Je ne peux mentionner les multiples activités qui permettent aux seniors de sortir de leur solitude.  Le gardiennage pour les personnes atteintes d’Alzheimer et autres afin d’octroyer à des aidants une demi-journée pour faire l’épicerie et d’autres emplettes fait partie de celles-là.

On compte au moins deux millions de bénévoles au Québec, selon les statistiques consultées.

Un frisson me parcourt quand j’entends le discours des syndicats qui osent affirmer qu’il s’agit d’une forme de « cheap labour ».  Le bénévolat n’est pas seulement un faire valoir.  Le bénévolat c’est aussi le processus idéal qui mène à la générosité.  Quand on est généreux dans une situation, on l’est partout.

Tendre la main à un aveugle pour traverser la rue, céder sa place à un senior, ouvrir courtoisement une porte, prendre le temps d’indiquer un chemin, sortir les ordures, tondre la pelouse sont autant de si petits gestes qui révèlent une nature généreuse.  Je l’observe plus rarement chez de nombreux jeunes.  Déjà, on peut présumer que, plus tard, ils oublieront de porter assistance aux vieux, soit leurs parents.  La générosité est monnayable maintenant.  « Ce n’est plus pareil aujourd’hui », me répond-on.  A-t-on trouvé une meilleure vertu ?    Suis-je si vieux, dépassé, radoteux, déconnecté en proclamant la générosité comme l’ultime grande valeur pour apporter un mieux vivre ensemble et un mieux vivre avec soi-même ?  La vocation est une des manifestations de cette vertu.  Le travail n’est-il qu’un gagne-pain.

Nombreux sont les commentateurs qui dénigrent ces vieux qui choisissent d’aller vivre dans les résidences, les qualifiant de ghettos de vieux. Alors que ces seniors cherchent à quitter l’isolement et la solitude. Ils y trouvent des amis, des événements, des salons de coiffure, des dépanneurs, des transports et une salle à manger. Ce n’est pas la visite d’un enfant aux quinze jours qui brise la solitude. « Ce n’est plus pareil aujourd’hui », me dira-t-on. Il n’est jamais trop tard pour montrer aux enfants à visiter plus souvent leurs vieux grands-parents. Un jour, ce sera leur tour.

Et dire que dans ce texte je n’ai parlé aucunement de maltraitance et de violence aux vieux et de CHSLD.  Nos vieux seraient confinés à leur isolement se ce n’était que ces milliers de bénévoles. Le grand malaise de la vieillesse, c’est d’abord avant tout la solitude, l’isolement et l’oubli. Qu’attendent nos médias pour élaborer sur ce malaise. Les vieux ne sont pas seulement maltraités et violentés ils sont SEULS..

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