Le « secteur privé » veut mettre la main sur Hydro-Québec.

Je suis né en 1941. Au Québec, on commençait à chuchoter dans les coulisses des propos concernant la nationalisation de l’électricité. Déjà, on pouvait y compter 11 grandes entreprises privées, appartenant à des magnas anglophones de Toronto et des États-Unis qui se partageaient le marché de l’électricité au Québec.

Elles ne desservaient que les territoires aisés et profitables. De telle sorte que de grands pans agricoles s’y voyaient exclus. Seules les chandelles et les lampes à pétrole y faisaient office d’éclairage. Les foyers aux longues cheminées et les poêles en acier, où s’entassaient des bûches de bois, réchauffaient les bâtiments durant les hivers rigoureux.

 Ces 11 compagnies se nommaient la Shawinigan Water and Power, la Québec Power, la Southern Canada Power, la Saint-Maurice Power, la Gatineau Power, la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent, la Compagnie électrique du Saguenay, la Northern Québec Power, la Compagnie électrique de Mont-Laurier, la Compagnie électrique de Ferme-Neuve et la Compagnie de pouvoir de La Sarre.

Ce sont là des compagnies dont le service est inégal, dont les tarifs peuvent être exorbitants, qui innovent peu et, surtout, des compagnies à l’intérieur desquelles peu de Canadiens français accèdent à des emplois.

Pourtant, durant ces années, les petites centrales de Manicouagan, Bersimis et des Outardes prennent forme. Hydro-Québec n’est responsable que de 32,4 % de la production de l’électricité dans la province.

20 ans plus tard, au début des années 60, le gouvernement Libéral de Jean Lesage remporta les élections sous le thème : « MAÎTRES CHEZ NOUS ».

Sous l’impulsion des ministres René Lévesque et Jacques Parizeau, la décision de nationaliser les compagnies d’électricité fut prise.  En 1962, une élection générale fut déclenchée et gagnée sous ce thème.

Les propriétaires étrangers de ces onze compagnies s’opposèrent à cette transaction et réussirent à fermer toutes les portes financières de Toronto et même des États-Unis aux autorités du Québec.

Les contacts de Jacques Parizeau en Angleterre et en Europe eurent raison des obstacles nord-américains et permirent aux francophones de la province de Québec d’aller y chercher les appuis financiers pour réaliser cette opération onéreuse.

Dans les années 1970, Hydro-Québec prend un virage client et lance la campagne télévisuelle : « ON EST 12, 012 POUR ASSURER VOTRE CONFORT » afin de montrer que le client est au cœur des activités de la société.

Ce slogan démontre que la fierté du peuple n’a d’égale que celle des employés. Cette publicité est un tournant décisif, car, auparavant, les campagnes publicitaires visaient plutôt à démontrer les avantages de l’électricité et les avancées technologiques d’Hydro-Québec.

En 1972, le slogan « on est Hydro-québécois » toucha la fibre de l’identité du peuple. L’Hydro-Québec, c’était nous. Un plan de marketing permit aux Québécois de ne pas seulement voir dans les journaux et à la télévision ces immenses œuvres lointaines, mais de se rendre sur place, à faible coût, dans de petits avions, de les visiter, de les toucher et de se laisser impressionner.

Que ce soit les barrages de La Grande, de la Manic et de la baie de James, ce furent des employés et des ingénieurs québécois qui mirent la main à la pâte. Nous devînmes tellement excellents que nos spécialistes furent en demande sur toute la planète.

Bien sûr, ce fut là un investissement économique majeur, mais nos barrages et leurs utilités apportèrent un actif financier et des revenus imposants à notre État, des profits bienvenus à l’Hydro-Québec pour ses travaux nécessaires et des tarifs les plus bas dans le monde pour les usagers que nous sommes.

Inutile de préciser que nous en sommes les propriétaires de l’Hydro-Québec et qu’elle fait partie de notre richesse. Ailleurs dans le monde, l’électricité coûte plus cher qu’ici.

C’est tellement vrai que les investisseurs privés lorgnent la production de l’électricité pour s’enrichir.  Le ministre Fitzgibbon dont les développements qu’il propose passent par cette orientation. Il explique que les opérations de l’Hydro-Québec se divisent en trois sections, soit la distribution, la transmission et la production. Les deux premières sont intouchables et demeureront le monopole de l’Hydro-Québec. Le privé n’y voit aucun intérêt.

Cependant la production présente un attrait de profitabilité dont notre entreprise nationale devrait se départir. Après avoir assumé son profit, le privé vendrait sa production électrique à l’Hydro-Québec ou à d’autres entreprises qui en convoitent l’usage.

L’Hydro-Québec s’est enrichi en assumant sa production, soit la construction de barrages. Pourquoi n’investit-elle pas dans la construction d’éoliennes et de panneaux solaires ? À long terme, elle édifiera un actif comme pour les barrages.

Non, elle laisse le privé accaparer de ce bijou d’enrichissement. Pourquoi ?

Plusieurs réponses frappent à la porte.

La meilleure décision qui fut prise par l’État du Québec au cours de l’Histoire fut certes la nationalisation de l’électricité.

Pourquoi sommes-nous en réflexion en ce moment sur cette occasion opportune de faire le contraire soit de privatiser la partie la plus rentable de notre électricité.

Je crois plutôt que nous sommes rendus à la réflexion à savoir comment Hydro-Québec doit réinvestir dans notre système électrique pour le rendre plus profitable à l’État et aux citoyens et capables d’affronter la demande accrue de l’électricité dans les années qui viennent.

Le passé de l’Hydro-Québec est sûrement garant de notre avenir.

CLAUDE BÉRUBÉ.

 

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