Quand les réformes déforment.

Imaginez ! À ministère de l’Éducation, en soixante-deux ans, trente-sept ministres sont passés avec leurs réformes au détriment des enfants. 

J’ai un long chemin de vie accompli à l’aube de mes 75 ans. J’ai vu l’évolution de la société actuelle sous toutes ses coutures depuis les années 50.  Que ce soit la naissance du ministère de l’Éducation et de toutes ses composantes comme les Cegep et l’Université du Québec. Que ce soit la Santé et sa gratuité universelle. Et de la passation du religieux à l’autorité civile. De la politicaillerie à la politique.

J’ai été le témoin d’une longue histoire particulièrement à l’Éducation et la Santé.Ce qui me reste en la mémoire c’est la quantité incommensurable des réformes.  Chaque ministre a toujours voulu faire sa marque en élaborant une réforme. D’un système centralisateur, on a constamment cherché à décentraliser  puis à recentraliser et à redécentraliser  avant la conclusion des effets de la réforme.  Bien des réformes ont solutionné certains  problèmes pour en créer d’autres, plus imposants.  Et ainsi de suite.  Puis la mise sur pied de Comités et de Commissions n’a réussi qu’à alourdir la bureaucratie des ministères.

Il suffit de compter le nombre de ministres qui se sont succédé à l’Éducation pour en trouver plus de trente-sept en une période de soixante-deux ans. Les enfants en ont fait les frais et on se demande une des causes des problèmes scolaires. C’est un secret de polichinelle que les hauts-fonctionnaires de l’éducation  ont un pouvoir facile à transmettre des politiques « aux ministres de passage ».  Qu’on se souvienne des célèbres compétences transversales entr’autres et le désastre sur une génération.

Depuis plusieurs générations,  le décrochage scolaire est dans l’actualité et suggère les transformations les plus ridicules.  Encore une fois les élèves en font les frais sans un résultat palpable.  On vient de sortir un lapin d’un chapeau avec un réseau de classes pré maternelles  pour les enfants de quatre ans.  Il faudra au moins de dix à quinze ans à attendre pour certifier les bienfaits d’une telle mesure, pondue sur le coin d’une table à café comme les autres.   Pendant ce temps, on attend encore des décisions pour aider la clientèle scolaire actuelle du réseau scolaire.   Mais généralement les réformes touchent plus la structure physique que la pédagogie comme la suppression non réalisée des Commissions scolaires.  Tout un débat qui a duré avec les coupes budgétaires sans qu’il y ait des préoccupations pédagogiques.  Sans oublier toute la mise en place physique et organisationnelle des pré maternelles.  Depuis plus de cinquante ans,  l’objectif de l’accessibilité universitaire se propage  même auprès des parents pour tous les étudiants,  peu importe leurs intérêts.  Il y a tout le secteur des études professionnelles et techniques qui est délaissé. Nous aurons toujours besoin de bouchers, de plombiers, de menuisiers, de maçons, d’électriciens, de réparateurs de petits moteurs. Inutile d’envisager une réforme dans ce champ d’action. N’y a-t-il pas  là la base essentielle ? La valorisation de ces études n’est-elle pas une solution ?  N’y a-t-il pas un autre lapin dans le chapeau de la finance ?  Avant de financer encore du béton,  la formation générale de professeurs compétents autant pour le secteur professionnel ne serait-elle pas un gage d’excellence et de support aux élèves. Il ne s’agit pas de réforme, juste l’amélioration qui est imparfaite.  Mais ce n’est pas un mandat glorieux  pour un ministre et les mandarins de l’État.

Il y eut 17 ministres de la Santé en 46 ans.  Un autre ministère d’importance où les détenteurs  n’ont pas conservé ce poste  au moins cinq ans, à l’exception de Denis Lazure et Philippe Couillard.  Depuis toujours, le temps d’attente à l’urgence et pour les chirurgies se détériore. Les médecins de famille sont devenus rares ou peu disponibles.  Il faut se rappeler que les CLSC sont nés pour désengorger les urgences, pour fournir les services de première ligne. Malgré les constructions d’hôpitaux en béton en sus.

Après une décentralisation  de l’administration sans grand succès et une augmentation de la lourdeur du système,  voilà qu’un ministre vient de découvrir  les joies de la centralisation décisionnelle  et la construction de super Cliniques  familiales. Un nouveau réseau de CLSC.  Bravo pour les amis du parti qui les construiront. Encore la centralisation de la structure et encore du béton. Ce sont ces médecins de la politique qui ont construit ce monstre hospitalier au centre-ville. Et les patients eux. Ils devront ce satisfaire de fréquenter de nouveaux bâtiments en dur et moderne. Comme si cet immense chantier apportera de meilleurs médecins et plus d’infirmières en vidant les bâtiments existants.  Et que les patients verront le temps  d’attente diminué.  Il faudra encore une décennie pour assister à un désastre financier et infirmier ou à un succès qui fera mentir les mauvaises langues comme moi.  Encore une réforme, une de plus. J’en ai l’habitude.

 

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Une réflexion au sujet de « Quand les réformes déforment. »

  1. Je pense que c’est dans la société qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Le modèle québécois qui se voulait social-démocrate n’a réussi qu’à déresponsabiliser la population. On attend tout de l’état, alors ne nous plaignons pas si le résultat n’est pas à notre goût. La vie m’a appris qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, et les quelques fois où j’ai fait confiance aux services que le gouvernement devait fournir, que ce soit en matière scolaire ou en ce qui concerne la santé, pour ne citer que ces deux domaines, j’ai été amèrement déçue. En fait, on paye des impôts faramineux pour un résultat plutôt médiocre, au détriment des étudiants, des patients, et autres…

    Comment se sortir d’un tel guêpier, ça c’est la question à cent mille dollars. Aucun gouvernement n’aura le courage de dégraisser la machine, parce que le lendemain d’une élection, nos très chers ministres n’ont en tête que la prochaine. Alors il ne faut pas trop brasser la cage, et surtout se démarquer en annonçant toutes sortes de programmes qui ne tiendront pas la route, mais qui donneront quelques jours de vedettariat à leur auteur.

    Il faut revenir à l’essentiel et se demander si la solution ne réside pas dans la réappropriation de nos responsabilités personnelles, que ce soit pour nos enfants, nos petits-enfants, nos aînés (j’en suis une justement…), nos finances, nos retraites, etc…etc…

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