Drummondville : une longue ovation pour SLAV revisité.

D’un seul élan, à la fin de la représentation de Slav, les spectateurs se sont levés pour acclamer durant de longues minutes Betty Bonifassi et sa troupe. Pendant une heure et demie, je fus concentré sur le spectacle et je n’ai point vu le temps passé.

Comme je n’ai pas vu la première version, je ne peux qu’imaginer les modifications apportées. La version remaniée de Slav m’a plu comme un spectacle original. Je ne suis pas un spécialiste. Je ne vous livre que les impressions d’un simple spectateur.

 

Il est difficile de cataloguer l’œuvre. Elle n’est pas théâtrale, mais plutôt musicale, même si quelques saynètes parsemées tout au long du récital et de nombreuses images dramatiques meublent intelligemment le fond du décor. Elles nous livrent une histoire tragique et un discours poignant sur l’esclavagisme afro-américain.

 

Tout d’abord, Betty Bonifassi est apparue sur scène sous des applaudissements nourris et généreux. Avec une canne qui résulte d’une fracture qui date de huit mois et qui l’accompagnera naturellement tout au long du spectacle, elle nous raconta son origine et son histoire. Née en France d’une mère Serbe qui lui relata l’esclavagisme des Serbes par les Slaves des Balkans, de l’Empire ottoman et des Arabes,  au 15ième siècle, d’où l’origine du mot esclave d’où vient le titre SLAV. Il y a longtemps les esclaves existaient au Nord avant le Sud.

 

mémoire de

Je sais aussi qu’au début du 17 ième siècle, le roi James 11 d’Angleterre a envoyé 30,000 prisonniers irlandais en Amérique pour être vendus comme esclaves en Virginie et dans les Caraïbes. En 1647, ce furent 300,000 Irlandais qui subirent le même sort en rejoignant les Africains. Ce qui explique pourquoi la première chanson  du spectacle sera une balade irlandaise d’esclaves.

 

L’esclavage des Noirs du Sud est une histoire tragique et éprouvante qui a déjà tapissé notre imaginaire.

 

Il y a vingt ans, Betty découvrait les chansons qui ont animé la résilience, la souffrance et la solitude de cette race.  Madame Bonifassi en a fait l’essentiel de ses concerts depuis 2014, avec des choristes. Donc, cela fait déjà cinq ans qu’elle joue ce répertoire à travers le Québec, la France et les États-Unis. Tout ça pour garder la s peuples déportés et des chants recueillis auprès de prisonniers et d’esclaves dans les plantations du Sud.

 

Elle confia l’idée théâtrale de SLAV à Robert Lepage. Celui-ci en fit la mise en scène pour construire l’œuvre en compagnie de six choristes dont deux étaient Noires. On connait déjà le grabuge que la révolte d’un groupe de Noirs de Montréal a suscité. On y traita les spectateurs et les interprètes blancs  de racistes et les deux interprètes noires de traitres.

 

C’est là qu’est apparue l’expression « appropriation culturelle ». Le fait que des Blancs racontent la douleur vécue par des Noirs, ne passa pas.

 

En assistant à la présente version, j’avais l’étrange impression d’aller assister à un spectacle où les chansons seraient dans un « slang » anglais. Donc, incompréhensibles ! Heureusement, les paroles se déroulaient dans le ciel du décor, ce qui facilita une meilleure compréhension.

 

Découvrir les chansons enrobées par la voix profonde, éraillée et puissante de Betty Bonifassi, c’était entendre une artiste à son apogée. Une interprétation professionnelle qui à elle seule donnait au spectacle des émotions et le pur plaisir de l’écouter.

 

Outre la partie musicale, des saynètes racontèrent une histoire. Cette histoire se passe aujourd’hui, au Québec où Estelle, une jeune femme blanche, apprit par une amie noire que son ancêtre était une esclave qui s’est enfuie en Nouvelle-France. Désireuse d’en savoir davantage, elle se rendit en Louisiane avec son amie pour y rencontrer une cousine de race noire. Une rencontre malencontreuse où la chimie fut absente puisqu’elle se termina par cette phrase : « Ce n’est pas parce que tu as une ancêtre noire que tu nous comprends ».

 

Puis vint une saynète éprouvante où la police cueille l’amie de couleur pour l’incarcérer en raison d’un profilage. La scène du pénitencier qui suivit fut très explicite avec une complainte appropriée.

 

Je me souviens aussi de cette scène autour d’un vieux piano et d’une guitare. Les six choristes, dans une ambiance de rires et de joies, racontent par des chansons en chœur et des danses modernes, la vie des Noirs d’aujourd’hui. Grâce à la musique, une connivence s’installa entre elles.

 

Toutes ces saynètes, et bien d’autres me semblent être le compromis depuis la première version du spectacle. Tout comme la présence d’une troisième choriste…de couleur. Je l’imagine.

 

Soulignons que le décor est fort bien adapté, plein d’ingéniosité, par l’équipe d’ex-machina. Une clôture permet de révéler un champ de coton avec ses trois cueilleuses noires. La même clôture, couchée par terre, devient une voie ferrée par-dessus laquelle on simule adéquatement la fuite des esclaves et le train qui traverse la scène pour emmener les esclaves durant la nuit. Et cette même clôture qui devient les barreaux du pénitencier.

 

En résumé, comme simple spectateur, je fus ébloui par l’ingéniosité du décor, l’éclairage avec une justesse opportune, l’exactitude des costumes, la musicalité et la voix chaleureuse de Betty Bonifassi, les textes dans le ciel du décor pour la compréhension et les images dont l’efficacité apportait une ambiance pertinente.

 

Même si ce spectacle est un compromis réussi dans l’optique de «l’appropriation culturelle », je doute que cela réussisse dans tous les cas et que les auteurs risquent d’être plus frileux pour aborder des thèmes ethniques. Dire que certains résistants réclamaient une distribution entièrement noire, en comprenant le rôle de Betty Bonifassi. Quelle erreur cela aurait été !

 

Il est vrai que j’ai aimé ce spectacle au point d’avoir écrit ce texte. Sachant qu’un si grand nombre de personnes n’ont pas ou n’auront pas la chance d’assister à une représentation de SLAV.

 

 

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