A-t-on assassiné le mot « vieux » ?

Il a fallu une pandémie qui touche davantage les vieux pour qu’on les nomme « les aînés ». La langue française a toujours employé le beau mot « vieux » pour identifier les personnes âgées de 65 ans et plus.

Depuis toujours, le mot qui distingue le plus âgé d’une famille, c’est l’aîné. Les aînés de la société, une belle figure pour qualifier les vieux.  Je n’ai jamais lu ni entendu le mot VIEUX durant cette récente pandémie.  Il n’y en avait que pour le mot « aîné ».

J’ai 78 ans et j’aime bien le mot vieux. Je préfère qu’on dise de moi « que je vieillis bien » au lieu  de «  que je parais jeune ».

Pourquoi a-t-on si peur d’employer le juste mot « vieux » ? Ce mot tant rejeté nous classe dans la catégorie des vieux. Il nous rappelle que nous vieillissons. Nous refusons de nous y identifier, de nous rappeler que nous sommes vieux. Nous avons peur de vieillir, de paraître vieux.

Des entreprises multinationales de cosmétiques font d’énormes profits à produire des lotions et des crèmes rajeunissantes.  Parce que les vieux en achètent pour rajeunir, semble-t-il, leur peau et leurs visages. Pendant que nos corps continuent de vieillir malgré tout. Nous ne sommes jamais  les vieux. Les vieux sont toujours les autres. Les vieux sont ceux qui sont déments ou handicapés.

Et pourtant, pendant cette pandémie, tous les vieux sont devenus des aînés. Tous ces vieux dans les CHSLD ne sont plus des vieux, mais des aînés. On est à l’aise d’employer les aînés, mais pas les vieux.

Je comprends que les vieux ont peur de ce mot. Je ne comprends pas pourquoi les plus jeunes emploient aussi le mot aîné. Les journalistes qui sont dans la trentaine ou la quarantaine l’emploient  aussi. Le dictionnaire existe surtout pour eux.

 

Le mot vieux est un beau et chaleureux mot de la langue française. N’avez-vous pas de « vieux » amis ?  Ne délectez-vous pas un « vieux » vin ? N’avez-vous pas de « vieux » parents ?  Hemingway a écrit « le « vieil homme » et la mer », doit-on changer ce titre pour « l’aîné et la mer ? Ou encore « le vieil aîné et la mer » ? Ici le mot aîné ne peut remplacer le mot vieux ou vieil dans toutes ses déclinaisons. Par quoi faudrait-il remplacer les vieux habits, les vieilles recettes de maman, les vieux sportifs et un vieux routier de la politique ?  Autant d’expressions chaleureuses et pleines d’empathie.

Quand j’écris mes textes, entr’autre pour ce blogue, j’utilise toujours le mot vieux. Je le trouve plus beau que le mot aîné auquel j’ai recours selon le sens que lui donne le lexique français. Il m’arrive d’écrire « les aînés de la société ».

Une résidence dans sa publicité  décline le slogan « les jeunes de 70 ans et plus » pour identifier sa clientèle. Ce sont les vieux. Est-ce que le mot vieux vieillit ceux qui l’emploient ? Quand on a 70 ans et plus, sommes-nous gênés de nous considérer comme vieux ?

La vieillesse est une phase de la vie et ceux qui la vivent, ce sont les vieux.

Je ne serai pas le fossoyeur du mot VIEUX.

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2 réflexions au sujet de « A-t-on assassiné le mot « vieux » ? »

  1. Félicitations pour ton texte! Bien d’accord avec ton point de vue.

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