Électronique ! Pitié pour les vieux!

Comme tous les vieux, je suis issu de la génération qui a précédé l’ère de la folie de l’électronique, de l’internet, du téléphone intelligent et de l’intelligence artificielle. Je n’ai pas le temps de m’adapter à l’internet que les innovations électroniques me rendent obsolète. Je ne suis pas né à l’ère de former mon cerveau à la compréhension de tous ces gadgets.

Il me faut du temps, oui du temps, pour assimiler le fonctionnement de tout cela. Je n’arrive pas à suivre l’évolution si rapide. Je crains que dans 5 ans je sois déphasé et que je me classe dans le groupe de ces vieux incapables de communiquer avec leurs fils et leurs petits enfants. Un ravin se creuse.

Quel sera mon environnement électronique ? Quels seront surtout mes besoins ? Quelle sera ma compréhension des nouveaux gadgets ?

À 78 ans, je suis de la génération née bien avant l’arrivée de la télévision. J’avais 11 ans quand l’image en noir et blanc de l’Indien avec ses plumes est apparue en primeur sur l’écran ovale.  Je n’ai pas connu une enfance avec les jeux vidéo, à l’instar des vieux de ma génération.

Les jeux et appareils électroniques n’ont pas fait partie de mon éducation. À l’âge de 20 ans, j’ai participé à l’éclosion de la Révolution tranquille et à la construction d’un Québec modernisé. J’y ai consacré ma vie active avec succès sans utiliser le texto, ni le téléphone cellulaire et ni l’internet.

Ce fut le lot de tous les gens mon âge. Nous avons vécu tous les changements de la société sans ces appareils. Ils ne nous ont pas apparu comme nécessaires.

Je me souviens que, vers l’an 2000, beaucoup de gens commençaient à avoir une adresse courriel.

Je m’en souviens puisque j’ai quitté le Québec durant huit à bord de mon voilier en 1998. Les courriels n’étaient pas populaires en mer. Lorsque je suis revenu au Québec en 2006, ce fut le choc culturel ! Le Québec venait de vivre une Révolution électronique. En seulement huit ans !

Tout le monde avait déjà son cellulaire à l’oreille, même les enfants. Mais pas les vieux.  C’était la bienvenue à mon retour et à mes soixante-cinq ans : tomber dans la civilisation électronique sans en connaitre l’ABC. Le choc du retour ! Alors que mes petits enfants semblaient en connaitre les moindres rudiments.

À l’aube de ma vieillesse, de peine et misère, je me suis familiarisé avec Word pour les documents et les images. J’ai même écrit deux livres et 230 textes de blogue grâce à l’ordinateur et deux doigts.

Pendant ce temps, jusqu’à aujourd’hui, le téléphone est devenu très intelligent, les « textos » ont même atteint la phase de la dépendance des utilisateurs. Les «I pad» et les tablettes fonctionnent maintenant avec écrans tactiles et ainsi de suite.

Au cours des dix dernières années, cette révolution a connu des avancés encore plus importants et rapides que les années précédentes. Tout laisse croire que la prochaine décennie connaitra de nouvelles découvertes encore plus substantielles. J’aurai alors 88 ans.

Je ne suis pas encore un utilisateur du téléphone cellulaire, je ne suis pas « texto ». Le téléphone, le répondeur, Google pour la recherche et les courriels traditionnels nous rendent bien service.

Au cours des ans, sans ces appareils, les vieux ont pourtant bâti bien d’autres acquis dont profitent les jeunes.

La complexité de la compréhension de tous ces nouveaux appareils est affligeante et pénible pour ceux qui ne sont pas nés dans la potion magique. Ce n’est pas à cause de l’absence d’intelligence. C’est notre cerveau qui n’a pas été structuré de cette façon à bas âge. Il n’est pas facile de comprendre le fonctionnement des nouveaux gadgets qui pullulent.

Ce sera aussi votre cas quand la vieillesse vous honorera. Tout va trop vite, l’être humain a besoin de temps pour assimiler.

Si les générations qui suivent veulent prendre soin de leurs vieux, ils devront comprendre qu’ils doivent maintenir la communication avec eux.  Quand je serai plus vieux, on m’enlèvera mon téléphone résidentiel pour le cellulaire que je devrai apporter sur moi. Avec le risque de l’oublier quelque part, car les oublis augmentent en fréquence avec l’âge.

Déjà mes doigts ont de la difficulté à se synchroniser sur les claviers actuels! Comment vais-je écrire un texte sur les claviers minuscules quand mes doigts trembleront ? Les caractères des textes deviennent de plus en plus minuscules. La vue baisse en vieillissant, il nous faudra une loupe.

Que l’évolution se poursuive. Mais qu’on ne rende pas trop vite obsolète la technologie d’aujourd’hui. Les vieux seront de plus en plus nombreux. Les statistiques le démontrent. Qu’on ne les prive pas trop tôt de la capacité de communiquer.

Je crains pour ma vieillesse lors de la prochaine décennie. Avec la longévité nouvelle, je souhaite rester actif le plus longtemps possible. Souhaitons que cette longévité me permette de vivre en accord avec notre temps.

De nombreux ateliers d’apprentissage bien adaptés à la vieillesse s’avèrent nécessaires le plus tôt possible. Cela permettrait aux vieux d’assimiler un minimum d’acquis électronique et éviter d’être déphasés trop vite.

Sinon la communication risque d’être coupée entre les générations. C’est pourquoi je clame d’avoir une pensée pour les vieux, donc pour moi. Pitié pour les vieux.

 

 

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