Pourquoi les compétiteurs de SNC-Lavalin sont-ils les bienvenus au Canada ?

Je me souviens de ces années où je naviguais sur la mer des Caraïbes. Les navigateurs mouillaient l’ancre devant la belle ville de Carthagène. Belle occasion pour tisser des amitiés avec nos semblables. La navigation et la météo meublaient nos premières conversations puis on partageait nos vies et nos expériences.

Comme voisins, il y avait Patrick et son épouse sur leur grand trimaran. C’est comme ça que j’appris qu’avant sa retraite, il travaillait pour une des plus grandes entreprises françaises.

Sa tâche consistait à recevoir luxueusement les grands de ce monde pour les amadouer en retour de mirobolants contrats. Luxueusement, signifie les plus grands restaurants, les hôtels 5 étoiles, les boites de nuit prestigieuses, les magasins onéreux et les escortes les plus aguichantes et plus encore.

 

Tout devait baigner dans l’huile, car les compétiteurs faisaient de même. Ce métier vint à ruiner ses valeurs de vie et il prit donc sa retraite assez tôt pour naviguer sur son voilier.

J’étais abasourdi par ce type d’activités des grandes entreprises, comment il fallait soudoyer sans pudeur les gros clients potentiels. Sans oublier les pots-de-vin alléchants, inhérents à ces contrats fabuleux. C’était et c’est encore la norme.

J’oubliai cette rencontre jusqu’à  jeudi le 28 mars en visionnant l’émission Enquête. On y relatait le traitement royal exactement comme raconté ci-haut par Patrick.

Dans ce cas-ci, il s’agissait du fils de Khadafi, le leader de la Libye, qui a profité des largesses luxueuses de SNC-Lavalin durant un séjour au Canada et d’un pot-de-vin de plusieurs millions $. Le contrat fut attribué à SNC-Lavalin.

Je fus aussi estomaqué le samedi 2 mars. Yves Boisvert dénonçait un fait troublant dans La Presse + sous le titre de Pleurnicheries canadiennes. Il fut le seul à noter ce fait important.

« En décembre, l’équipementier allemand Siemens a décroché un contrat de 989 millions pour fournir à VIA Rail des locomotives et des voitures de passagers. Bien des gens ont protesté, mais pour une seule raison : le concurrent de Siemens était Bombardier.

Personne n’a noté que Siemens avait été impliqué dans un scandale de corruption à côté duquel SNC-Lavalin a l’air d’une sorte de deux de pique des affaires croches : 1,4 milliard US en pots-de-vin pour obtenir des contrats partout dans le monde. (Et le Canada ferme les yeux.)

Siemens a été accusé devant la cour pénale. À la fin, il a fait l’objet d’un accord de poursuite suspendue (APS). Son administration a été complètement renouvelée, ses aveux ont été complets et il a payé 395 millions d’euros. En échange de quoi il a conservé l’accès aux marchés publics. Mieux encore : Siemens a été poursuivi aux États-Unis et, en vertu du même type d’entente, a finalement payé un total de 800 millions US au ministère de la Justice et à la Commission des valeurs mobilières américaine. »

Pourtant ! Siemens a été admis au Canada à un contrat VIA Rail contre Bombardier. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas et les États-Unis ont ce même genre d’outil, ajoute-t-il. 20 à 40 entreprises majeures ont profité de l’APS  aux États-Unis.

Au pays, le tribunal a débouté SNC-Lavalin de son droit à l’APS. Le Canada sera-t-il plus pieux en condamnant  la compagnie SNC Lavalin à un dossier criminel. SNC-Lavalin n’aura plus accès aux contrats du gouvernement fédéral pour une durée de 10 ans. Y compris les contrats subventionnés par la Banque Mondiale à travers le monde. Siemens et les autres le pourront, grâce à l’APS.  SNC-Lavalin sera largement amochée et diminuée en importance. Le joyau canadien en prendra plein la gueule. L’entreprise  pourra possiblement survivre, mais esquintée. Les compétiteurs comme Siemens se réjouiront des contrats internationaux et nationaux devenus disponibles. Idéalement, oui idéalement la corruption ne sera plus la norme. Car  les entreprises  qui font l’objet de l’accord de poursuite suspendue (APS) ne doivent pas récidiver sinon une poursuite criminelle deviendra opérante.

Siemens a déjà payé 395 euros et 800 millions $  en amendes. Les pays considèrent ces amendes comme des bénéfices imprévus tout comme la poursuite des activités commerciales des dites entreprises. Comme Siemens, elles sont et seront les bienvenues au Canada.

Faut-il croire qu’au Canada, la corruption est absente ? Le cas du CUSM répond à la question. Dire que seulement quelques dirigeants sont toujours à l’origine de la corruption au grand dam des employés honnêtes.  Et dire aussi que les dirigeants corrompus ont toujours les moyens de s’en tirer à bon compte devant les tribunaux, parfois même enrichis.

 

 

 

 

 

 

 

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