(texte 1) L’effervescence du pays du Québec

(17 sept.41) Aujourd’hui, je fête  mon 75e anniversaire.  Trois quarts de siècle. Tout un bail. Je ne nourris aucune fierté d’atteindre ce nombre d’années. Je n’en suis pas responsable. C’est la vie qui en a décidé ainsi. Et c’est elle aussi qui décidera d’y mettre fin à 76, 80, 90 ans. Que sais-je ?  75 ans, c’est comme un belvédère, un promontoire,  qui me permet de regarder loin en arrière et de contempler l’autoroute de mes 75 ans : ma vie avec ses hauts et ses bas. Voilà ma grande fierté. 

Ce sont là mes propres réalisations, mes  grandes réussites. J’assume tout autant mes échecs et mes déconfitures. Je me réjouis surtout de mes succès et de mes grandes joies, de mes enthousiasmes.  Ma vie s’est déroulée au cœur du monde entier que j’ai visité, mais aussi de ma société, de mon environnement et de l’Histoire de notre communauté. Que d’histoires j’ai à raconter ! Autant la mienne, que celle de mon pays, que celle de la Révolution tranquille qui a coulé dans mes veines. Aujourd’hui, j’ai le désir et le devoir de transmettre, de léguer tout de que la vie m’a appris autant celle de la longue évolution du Québec.

Voici un premier texte de deux.

Il me faudrait un livre sinon plus, mais je n’ai que quelques mots à ma disposition. Voici quelques points d’ancrage.  La fin de la Deuxième Guerre mondiale a ramené au pays une multitude de soldats qui ont donné le signal de départ, en 1945,  à une natalité très féconde surnommée « le baby boom ». Un grand nombre de ces soldats sont revenus avec des idéaux comme ceux de prendre le contrôle du destin du Québec : « MAÎTRES CHEZ NOUS»  clamait en 1960 le premier ministre Jean Lesage entouré d’une panoplie de jeunes tigres qui ont apporté au Québec la célèbre « Révolution tranquille ».

Avant 1960, le vrai pouvoir nous venait du monde anglophone et de Toronto.  On avait baptisé les Canadiens français les porteurs d’eau. Et d’autres, les nègres blancs d’Amérique. À l’intérieur de nombreuses entreprises, dirigées par des Anglais, tous les employés francophones devaient parler entre eux dans la langue de Shakespeare. Les contrats se rédigeaient en langue anglaise. Ce qui avait pour conséquence que les francophones parlaient une langue française truffée de mots anglophones avec une pensée et une tournure de phrases très anglicisées. On la décrivait comme la « Louisianisation » de cette langue et on fustigeait le parler « joual ».

Le monde économique appartenait à une classe dominante anglophone.  Telle notre électricité. La nationalisation de l’électricité, une joute de bras de fer, permit la naissance du trophée que fut l’Hydro-Québec sous l’impulsion  du ministre René Lévesque et du génie de l’économiste Jacques Parizeau. Elle donna un essor à grande échelle à l’électrification des régions du Québec.

L’éducation, l’enfant pauvre des Canadiens français, sous la domination du clergé, connut un coup  de barre, sous la férule de Paul Gérin-Lajoie, qui mit en œuvre le grand ministère de  l’Éducation.  Vint la naissance des « Cegep » et de l’Université du Québec. Suivit la diplomation de tant de  Canadiens français et l’accession de tant d’entre eux à des fonctions de haut calibre.
À ces deux faits d’armes, s’ajouta  la loi 101 qui officialisa la langue française comme langue du Québec. Une autre bataille gagnée de peine et misère grâce à l’obstination de Camille Laurin. Loi qui a changé le visage du Québec !  Les chansonniers furent les vedettes au cœur du patriotisme des Québécois. Que de manifestations importantes  ont eu lieu pour défendre le français ! Le Parti Québécois attisa le feu sous braise du nationalisme francophone et donna naissance au concept de l’indépendance.

Sans oublier l’Assurance maladie que l’actuaire et ministre Claude Castonguay a instituée  en 1970 dans l’adversité avec la classe médicale et les compagnies d’assurances. Cette mesure a enfin sauvé de la ruine tous les grands malades qui faisaient face à des factures plus qu’onéreuses. Cette assurance de l’État donnait un accès gratuit et universel aux soins médicaux.  L’ère de la « Castonguette »  venait de commencer.

La décennie des années 60 fut une période charnière pour le Québec entier. La ville de Montréal, ville quelconque sur le plan international, a connu un virage drastique sous l’impulsion obstinée de son maire de l’époque Jean Drapeau. L’exposition universelle de Montréal en 1967, nommée Terre des Hommes,  a agi comme une bougie d’allumage de la métropole.  De grands travaux  comme la construction du Métro, de grandes autoroutes, de grands  boulevards, la Place des Arts, de grands immeubles comme la Place Ville-Marie virent le jour durant cette période en  pleine effervescence. L’expo attira en six mois 50 millions de visiteurs avec 90 pavillons représentant 62 pays. Un succès phénoménal qui fit de Montréal, avec moins d’un million d’habitants à cette période, une ville cosmopolite et internationale et surtout l’orgueil de tous les Québécois.

6000 athlètes venant de 96 pays, malgré le boycottage africain, participèrent aux Jeux olympiques de 1976. Un virage sportif majeur pour le Québec. Un succès sportif sans précédent !  Résultat de plusieurs magouilles, un déficit de 1 milliard $ fut payé par les fumeurs pendant trente ans.

L’espace me manque pour aborder l’arrivée de la femme sur le marché du travail et des batailles marquantes du féminisme actif.

Il y avait une telle effervescence que tout projet semblait assuré de réussir. L’entrepreneuriat y connut un apogée. Une simili bourse québécoise favorisait le financement.  Que d’entreprises y ont vu le jour. De locataires nous devenions de plus en plus propriétaires.

La Révolution tranquille apporta son lot de victoires sur plusieurs plans jusqu’à nos jours que ce soit en santé, agriculture, travail, environnement, sport et culture. Malgré certaines vicissitudes et son essoufflement, les gains de la Révolution tranquille nous ont apporté la société aisée dans laquelle nous évoluons aujourd’hui.  Voilà ce pour quoi, entre autres, ma génération s’est  battue.

Des livres ne suffiraient pas à tout raconter comment de tièdes Canadiens-français nous sommes devenus des Québécois passionnés. Je ne suis pas un historien, ni un sociologue, mais un simple citoyen qui a observé et vécu durant 75 ans cette évolution et celle qui se déroule en ce moment.

Un autre texte suivra ce premier et s’intitulera : « Le pays du Québec à l’agonie ? (texte 2) » où j’aborderai mes observations d’aujourd’hui à la suite  de ce texte et ce futur que mes réflexions cherchent à définir.

 

 

 

 

 

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