Une nation métissée sans clôtures.

Ahmed est un musulman, nationalisé canadien, qui se présente comme un Québécois puisqu’il vit sur le territoire du Québec.  Aussi aimable soit-il, nous n’avons rien en commun outre la langue. Comment peut-il partager ma nation s’il professe autant de valeurs dichotomiques et ne partage pas mes préoccupations nationales ? La charia est son credo, mais il apprécie la liberté que nous respirons et le confort dont il profite largement. Il arbore fièrement le passeport canadien et se présente comme un québécois. Même si son nationalisme se situe à des lieues du mien, sa québécité nationale est territoriale, géographique.

J’étais là vers 1960 quand on défendait la nation canadienne-française, soit les francophones du Canada.  Une nation répandue sur tout le sol canadien et même ailleurs. La souche française était ipso facto au cœur des discussions. Avouons que bien des souches anglaise, irlandaise, écossaise, polonaise, juive, et tant d’autres s’étaient intégrées pour ne pas dire « métissées au Nous » et avaient aussi bâti la nation. Le « Nous » prenait un sens ethnique : un nationalisme ethnique, même si nous en abhorrons la réputation. Tant de massacres, de génocides et d’horreurs ont été perpétrés et le sont encore en son nom. Quoique nous ne lui accolions pas ces velléités.  Certains intellectuels et chercheurs proposaient le concept d’une nation distincte au cœur du Canada, d’autres proposaient celui de la souveraineté-association. Déjà les indépendantistes à tout crin manifestaient. Toutes ces formules prônaient des voies pour l’émancipation culturelle du Québec. Pourtant, nous étions et sommes toujours un des deux peuples fondateurs sur une terre autochtone.

Bien évident, la présence omniprésente et agressante anglaise dans la vie quotidienne et dans les postes de patron et sur les affiches créaient un irritant. Nous voulions vivre en Français au Québec, si possible dans le Canada, partout au Canada. Dans bien des compagnies, les francophones devaient parler en anglais entr’eux parce que le patron était un anglophone. La langue n’était pas la seule émancipation réclamée. Le parti québécois de l’époque n’avait aucune accointance avec celui d’aujourd’hui. Les années ont  passé et le Québec a une nouvelle physionomie. Même sans clôtures.

Toutes les causes doivent se réussir en moins de 20 ans sinon elles s’étiolent ou s étirent indéfiniment  au point d’oublier pourquoi elles sont nées. En choisissant de clôturer le Québec au détriment des francophones à l’extérieur, on venait de cerner géographiquement un territoire et tous ses habitants y résidant. Fini l’ethnicité. Bienvenu à toutes les souches, même à leur corps défendant. Fini les Canadiens-Français, bienvenus les Québécois. Ce n’est plus la souche nationale et historique, mais l’adresse de la résidence qui s’impose. Qu’un québécois de souche française déménage en Ontario, il n’est plus québécois, mais Ontarien francophone. Excommunié de la nation. Il ne fait plus partie de ma nation, mais Ahmed lui, oui. Tant qu’il aura une adresse au Québec.

La minorité péquiste de l’époque cherchait à convaincre avec ferveur une grande majorité de fédéralistes apeurée par une souveraineté ou par une indépendance choisies pour corriger le parcours de l’histoire. Avec l’innocence d’une troupe de vrais boy-scouts.  Ce sont des novices qui ont géré le Québec en 1976. Un gouvernement hors pair.

Et tout ce parcours a atteint ses 20 ans après le deuxième référendum en 1995. La cause originale s’éteignait. Les péquistes d’aujourd’hui sont devenus des politiciens de carrière qui se nourrissent aux stratégies d’action et aux jambettes à l’adversaire. Nous sommes loin de nos innocents boy scouts. Il suffit de voir les pitbulls en chambre. Les sondages orientent l’action selon les humeurs et la direction du vent.

Notre population dite de souche est en régression constante. Nous vivons encore sur l’héritage de nos ancêtres. Nous ne faisons plus assez d’enfants pour nous perpétuer. Le Québec ne sera plus jamais le même. Les valeurs traditionnelles paraissent passéistes. De frileux adeptes du bas de laine, nous sommes devenus des endettés chroniques. De porteurs d’eau, nous avons atteint la taille des géants. Nous avons délaissé nos chansonniers nationalistes et notre histoire pour flirter  avec la chanson anglaise et les causes planétaires.  L’émergence de l’électronique s’est transformée en une nouvelle dépendance. Le modernisme s’est infiltré dans nos vies. Oublier, la nation.

Le futur du Québec ne passera donc peut être pas par la clôture territoriale qui risque de renfermer plein de ghettos. Mais par l’adhésion volontaire à une « nation culturelle métissée » qui évoluera au gré de ses membres.  Par un métissage de cultures qui se fonderont dans une seule culture dominante. La fusion des cultures immigrantes et de souche entrelacera les mailles pour faire naitre une nouvelle québécité.  Une nouvelle nation inconnue à ce jour qui deviendra un frein à la multiplicité des ghettos et son multiculturalisme. Grâce à des valeurs communes qui mouleront un nouveau « Nous ». Certains baptisent cette éclosion d’interculturalisme. Peu importe le nom, nous devrions économiser nos énergies à vouloir construire une clôture pour construire en lieu et place une vraie nation.  Une nation où Ahmed et moi cohabiterons ensemble.  Pour cela, il nous faudra retrouver une âme de boy-scouts pour rassembler.  Un projet de 20 ans.  Même pour un p’tit vieux de 71 ans.

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Une réflexion au sujet de « Une nation métissée sans clôtures. »

  1. C’est vrai, la mondialisation s’installe partout dans le monde. Aujourd’hui l’Anglais est dominant, mais les jeunes éclairés apprennent déjà le Chinois ….!
    Finalement qu’y pouvons nous ? Les moyens de communication et le libre échange ne peuvent que s’accentuer, à moins de nous enfermer dans un aveuglement fatal.
    Et, si c’était çà, la finalité de l’aventure humaine…. le projet transcendantal….!!!
    Nous ne serons pas là pour le voir, mais sans nous en rendre compte, nous y avons contribué.. Bien à vous ?

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