Le syndrome de la tour de Babel

L’autre jour, j’ai demandé à mon petit-fils de 12 ans de m’aider à comprendre un logiciel de montage de vidéo. Je lui présentai mon logiciel et le livre d’instruction que je n’arrivais pas à comprendre. Il  mit ce dernier de côté et installa le logiciel en un tour de main. Il lui a suffi moins de deux jours, sans aide du manuel, à comprendre son fonctionnement. Il réalisa même un montage de son cru avec des effets inimaginables.  Malgré son jeune âge, il voguait déjà dans le ventre de l’électronique avec une aisance assurée. Son cerveau, grâce aux jeux vidéo depuis sa tendre enfance, est structuré selon les attributs de l’alphabet électronique. Il en lit le vocabulaire scientifique et tactile.  On sait que les cerveaux se forment selon l’environnement culturel comme la langue qui influence la façon de penser. L’environnement électronique constitue à lui seul une nouvelle langue qui construit le cerveau des jeunes de sa génération, le faisant évoluer différemment du nôtre.   Le côté tactile remplace l’abc jusqu’à l’xyz.

Un professeur qui enseignait les techniques avancées en trois dimensions  aux élèves du secondaire me confiait qu’une seule absence d’un mois, de sa part, le déphasait. Ses jeunes « cracs » de l’ordi avaient déjà une avance sur lui. Il ajoutait qu’ils évoluent tellement rapidement qu’ils inventent un nouveau langage difficile à suivre, un langage d’images. Il suffit d’observer les réclames à la télévision ou sur le web pour se rendre compte que les effets techniques prennent avantage sur le message. À moins  que les effets techniques soient le message. L’évolution ultrarapide des cinq dernières années de l’informatique et sa technicité est tellement affolante  que ce qui existe aujourd’hui sera obsolète. Il nous est presque impossible d’imaginer ce que sera devenue toute cette technologie dans 5 ans. Il suffit d’observer les changements apportés au cellulaire en 5 ans pour rendre inimaginable ce qu’il sera dans 5 ans.  Tout comme la langue qu’il inventera.

Bien sûr qu’à 72 ans,  je me sens souvent issu de l’époque des  dinosaures. Moi qui suis issu de la civilisation de l’alphabet abc, de pouces et de Fahrenheit.  J’en ai le cerveau. Il me faut un manuel d’instruction pour comprendre un tant soit peu le logiciel ci- haut mentionné.

Tout comme le  cerveau d’un Chinois ne réfléchit pas comme celui d’un Français, ceux qui lisent de bas en haut, ou ceux qui lisent de droite à gauche cogitent différemment. Ceux qui analysent au rythme de la technologie de l’informatique penseront différemment de ceux qui raisonnent selon la tradition de l’alphabet. Et le fossé s’agrandira avec les ans. En 2020, j’aurai 80 ans et mon petit fils aura 20 ans. Quelle langue parlera-t-il ?
Serons-nous capables de communiquer ? Serais-je capable de manipuler un cellulaire super évolué  alors que j’ai peine à manipuler celui d’aujourd’hui ?
En fait, aurais-je le besoin d’un cellulaire ?

Le monde de demain sera construit avec les cerveaux de demain, ceux de la technologie. Et la nouvelle tendance à la longévité créera deux générations à langues opposées, à la pensée opposée.  Serons-nous alors victime du syndrome de la tour de Babel ?  Difficile à imaginer ce que sera demain.  Ce ne seront plus les romans qui nourriront notre imaginaire, mais les aventures technologiques du futur de Kirk et de Spock.   Les appareils du futur nous émerveilleront davantage que les aventures d’Harry Potter.  Et nous rêverons du futur et tenterons d’imaginer l’an 2050.

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