Des prises de décisions sur le coin de la table.

Depuis 1960, je ne compte plus le nombre de fois où je me suis présenté derrière un isoloir pour apposer mon x sur un bulletin de vote. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai écouté les harangues, les promesses et les réalisations des politiciens, surtout des chefs de parti. Élections après élections.

Plusieurs engagements de partis politiques sont nés lors des congrès préparatoires des membres du parti. Ce qu’on appelle la plateforme.

Plusieurs promesses sont mijotées pendant l’effervescence d’une campagne électorale.  Même durant un mandat.  Un bon vieil ex-député me racontait qu’elles sont souvent pondues autour d’un café sur le coin d’une table pour saisir le momentum de l’actualité de la veille sans égards aux conséquences et sans consultations. Elles sortent comme un lapin du chapeau d’un magicien.

Elles sont fréquemment des propositions opportunistes pour s’opposer à celles de l’adversaire ou flatter les récriminations d’une clientèle fidèle ou à conquérir. Une fois au pouvoir, on se vante de les réaliser même si elles furent dessinées à la sauvette et le fruit d’une décision prompte sans consultations sur les conséquences.  Et dire que les candidats en pleine campagne sur le terrain les apprennent par les médias.

Il n’y aucun problème s’il s’agit d’un tiers parti sans aucune chance d’accéder au pouvoir.  Au contraire, si le parti dans l’opposition  accède à la gouvernance, toutes ces carottes spontanées deviendront des politiques officielles du gouvernement.

Il a suffi la photo d’un enfant mort sur le rivage d’une plage, qui a ému le monde entier,  pour que Justin Trudeau annonce soudainement pendant sa campagne qu’il accueillera,  s’il est élu au début de novembre,  25,000 réfugiés syriens avant le 31 décembre 2015.  Sans consulter personne. Ni les provinces, ni les services sociaux, ni les douanes, ni l’immigration ! Sans compter les « holà », les récriminations ! En faisant fi de la logistique à mettre sur pied surtout en plein hiver. Il fallut reporter de deux mois, soit fin février, la date limite. Le commissariat aux langues officielles a reproché à Trudeau d’avoir fait fi de la politique quasi constitutionnelle  de tenir compte des régions francophones.

Vous vous souvenez  aussi que Justin Trudeau avait promis durant la campagne électorale  de modifier  le mode de scrutin pour une formule plus représentative s’il était élu. Résultat : un comité d’évaluation fut mis pied, puis une commission multipartite pour trouver une formule nouvelle.  Les conservateurs tenaient au statu quo. Les néo-démocrates souhaitaient la proportionnelle et les libéraux majoritaires préconisaient le mode préférentiel.

Comme il n’avait pas le consensus des partis politiques, il a déclaré ne pas user de sa majorité pour réaliser une promesse électorale. Que c’était l’obstruction des partis de l’opposition qui l’obligeait à ne pas respecter sa promesse. Oubliant surtout de souligner le manque de consensus parmi sa propre députation.

Curieuse rhétorique, quand il a utilisé cette majorité parlementaire pour réaliser d’autres promesses et l’adoption de multiples lois. Il suffit de considérer la légalisation du cannabis pour rester coi. Un exemple de non-consensus et d’improvisation.

Combien d’autres exemples, pourrais-je souligner ? Tenons pour acquis le dossier des boites postales. Celui du niqab pour l’assermentation. Etc.

Dans la Presse + d’un récent samedi, Denis Lessard rapportait que  Philippe Couillard se cherchait une promesse-choc d’ordre économique pour présenter à la presse son triumvirat économique de Leitao, Coiteux et Daoust. Dans la brève discussion, autour d’un café, un proche collaborateur suggéra 250,000 emplois en cinq ans. Ce qui devint instantanément  la promesse rêvée en souhaitant une conjoncture économique favorable.  Même si Leitao était réticent.

Pour terminer, j’aimerais vous raconter cette anecdote qui fait partie de l’Histoire.  Bourassa fut élu en avril 1970. En lui remettant une foule d’études, on lui suggéra de s’intéresser au dossier controversé du barrage de la Baie-James. Il consulta moult spécialistes en ingénierie et en finances pendant un an. Les autochtones comme les Cris et les Inuits, l’Hydro-Québec et de nombreux organismes étaient farouchement contre. Le Parti québécois préconisait la filière nucléaire. D’éminents conseillers comme Giroux, Boyd et Desrochers étaient favorables.

Ces trois personnages lui présentèrent, autour d’un café, les cartes géographiques du vaste territoire. Il disposa par terre toutes les cartes pour les assembler en une seule gigantesque. Il perçut alors l’immensité de l’œuvre avec excitation et sourire en coin.  Ce fut après une nuit sans sommeil qu’il se leva tout exalté. Sa décision était prise.  Le coup d’envoi du plus monumental projet d’ingénierie et économique du siècle prenait forme.  Avril 1971, un an après son élection, autour d’un café, ce fut sa décision la plus audacieuse et courageuse.  Il fut défait en 1976.  René Lévesque inaugura  la première phase du projet en 1979 en rendant hommage à Robert Bourassa.

Comme quoi, il y a, autour d’un café, des décisions spontanées, à la sauvette et d’autres bien documentées. Surveillons la prochaine campagne électorale!

 

 

 

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