Nostalgie du temps du Dr Marcus Wilby

Bien sûr, il faut être de ma génération pour avoir regardé cette série télévisée si populaire : Dr Marcus Wilby.  L’histoire du médecin de famille disponible se rendant souvent à domicile pour soigner ses patients. Loin d’être du cinéma, je me souviens personnellement d’un pédiatre qui s’est déplacé à notre résidence un samedi soir pour soigner notre bambin, devant des parents affolés.

À cette époque, bien souvent les médecins ne percevaient aucun honoraire pour les familles trop pauvres. Les toubibs de l’époque assumaient au surplus de nombreuses mauvaises créances. La maladie a aussi ruiné bien des familles sans assurances. Nul besoin d’appareils sophistiqués pour leur permettre de diagnostiquer un malaise. Eh oui ! Je sais !  Les temps ont changé. Il suffit d’avoir vécu les deux extrêmes pour le réaliser.

Depuis la mise sur pied de l’Assurance-maladie du Québec, la profession s’est fonctionnarisée. Les patients souffrants doivent aujourd’hui se rendre au bureau ou à l’hôpital pour rencontrer leurs spécialistes qui sont d’ailleurs assurés du paiement de leurs honoraires par le gouvernement. Et d’une garantie de travail. Nul doute : la compétence des médecins plus scolarisés, les équipements plus sophistiqués et les découvertes avancées grâce à la recherche enrobent les disciples d’Esculape de meilleures connaissances.

Comment devenir millionnaire ? Une carrière dans le secteur de la santé ! Usant d’un rapport de force outrancier, des négociations les ont avantagés au point de représenter un fardeau financier à l’État. Le Ministère de la Santé patauge dans un déficit anormal. Les praticiens eux s’enrichissent pendant que la population s’appauvrit allègrement. Et la société se plaint d’un manque d’accessibilité et d’une attente démesurée pour des soins élémentaires. Quel prix doit-on payer pour des services normaux ?

Pendant ce temps, le gouvernement, et particulièrement pour les fonctions importantes,  est dirigé par des médecins et des représentants du même secteur. Le premier ministre, le Dr P. Couillard, est un médecin, le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, est un médecin et le ministre de l’Éducation, le Dr Yves Bolduc est aussi un médecin.

Les trois ont participé à des négociations avec leurs confrères. Une situation incestueuse ! Sommes-nous face à une confrérie !  Il ne reste qu’au docteur Godin, président des médecins de familles et défenseur émérite du Dr Bolduc, à rallier les rangs des confrères politiciens. Et pourtant, plusieurs médecins en autorité ont déjà démissionné. Par soutien ou par chantage ?

Avec les médecins, on ne parle plus de patients, mais d’argent. L’important salaire à l’acte n’est plus suffisant pour accomplir simplement sa tâche. Il faut y joindre des primes. Une situation qui frôle l’indécence. Les tribulations du Dr Bolduc qui font les manchettes ne peuvent que laisser un goût amer à une population dont les revenus sont plus faibles.

Il faut à un député au moins 60 heures par semaine pour accomplir sa tâche. Il doit en plus consacrer ses fins de semaine à son comté et le lundi à son bureau de comté.  Ouf ! Pour un salaire d’un peu plus de 100,000$. Il faut autant d’heures à un médecin de famille pour desservir environ 1200 patients. Pour un salaire approximatif de plus de 200,000$. Et un bonus de plus de 200,000$ pour devenir médecin de famille de 1500 nouveaux patients. On se demande comment un toubib-député peut accomplir toutes ces tâches en une seule semaine.  À moins qu’un revenu de plus de 450,000 $ justifie amplement un travail de bourreau de plus de 120 heures par semaines. Je me questionne sur la qualité du travail accompli. Pauvres patients ! Pauvres citoyens du comté ! Un travail d’usine !

D’autant plus que ce docteur dont il est question a négocié ces conditions à titre de ministre de la Santé. Il a beau défendre cette situation bec et ongles, il démontre qu’il est plus payant d’être un député dans l’opposition qu’un ministre. Quoi de plus naturel pour une population d’être amer.  Cette bourde lui trainera à la patte pour des années à venir au point d’être préjudiciable à la tâche qui l’attend.

Vouloir s’enrichir en faisant une tourloupette publique avec l’argent du public reste un geste minable et pas digne d’un serviteur de l’état.

Et que dire de son chef qui a fait des déclarations concernant l’éthique, l’intégrité de nos administrations publiques et la transparence de son gouvernement. En dépit de cela, il soutient un ministre pris en faute morale et permet les invectives personnelles contre les adversaires par l’autre médecin, lui qui promettait aussi d’élever le débat et de ne pas rabaisser les autres  par des attaques personnelles. Une situation de crise qui mine son administration à moins qu’il pose des gestes éloquents à la hauteur du chef d’État qu’il souhaite être. Et du médecin intègre !

Comme on peut s’ennuyer parfois du temps du Dr Marcus Wilby. Autre temps, autres mœurs.

 

 

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4 réflexions au sujet de « Nostalgie du temps du Dr Marcus Wilby »

  1. Parfaitement d’accord si tout ceux qui pensent comme vous , se levait, notre gouvernement changerait peut- être.

  2. Félicitations pour votre blogue que je viens de découvrir en faisant des recherches sur la Charte de la compassion. Je dois vous avouer que j’ai beaucoup apprécié que vous utilisiez l’expression « les p’tits vieux ». Je n’ai pas peur de la vieillesse, au contraire. Je me sens très bien dans ma « vieille peau », mon « vieux coeur » et ma « vieille tête grise et blanche ». Je n’ai pas encore 60, ou 70 ans, mais on m’offre souvent les tarifs pour senior. Je trouve ça super. Je suis très heureuse aussi d’être enfin devenue « grand-maman » (pas mamie, ou Nicole, ou je ne sais quoi) mais vraiment « grand-maman » avec ce que cela implique de tendresse et de disponibilité. Merci encore pour votre message dynamique.

  3. Il y a les spéculateurs de Wall Street qui ont amenés beaucoup de gens à la faillite en soutirant par malversation leur économie. Il y a les joueurs de hockey qui sont plus préoccupés par leur placement boursier que par leur sport. À présent ce sont nos médecins et spécialistes qui doivent gérer leur portefeuille bien garnis.

    Pendant ce temps, j’écoutais une émission de télévision où on voyait une clientèle dans un bureau privé d’un spécialiste qui nous disaient que la majorité de sa clientèle étaient des gens atteints de cancer. Mon cœur a chaviré devant leur détresse. Entre la liste d’attente et la pratique privé il n’y a aucun doute pour ces pauvres gens d’utiliser leur derniers sous pour se faire soigner au plus vite par peur de mourir à être trop longtemps sur une liste d’attente. Depuis que les médecins font des salaires gigantesques, ils ne sont plus disponibles de soir et ils font de moins en moins d’heures de bureau. On doit s’absenter de son travail pour se faire soigner tout en supportant les contrariétés que cela impliquent au travail. On n’abuse pas, on attend d’être sérieusement malade pour le faire. Je comprends qu’il faut respecter tous et chacun mais au rythme que cela va, plus personne n’a le temps de nous respecter nous les pauvres gens. Le respect qu’on vous porte va en fonction de votre portefeuille.

    Combien d’hôpitaux à présent vous envoie à la maison un formulaire à compléter pour une offrande de don à la Fondation du même hôpital et ce même hôpital tarde à vous soigner dans un délai raisonnable. C’est à en perdre son latin.

    J’ai parfois l’impression que la société se fragmente de plus en plus car c’est devenu un chacun pour soi. Nos dirigeants n’occupent plus leur poste pour les bonnes raisons et cela va de dérive en dérive. Il y a un grand dérapage et on attend toujours un sauveur qui va faire le grand ménage dans tout ce fourbi.

    Quand j’étais petite, on disait que l’argent mène le monde et je ne saisissais pas la portée de ces paroles mais aujourd’hui je comprends.

  4. Je vous ai lu avec beaucoup d’intérêt.
    Les médecins ne pratiquent plus la médecine comme en 1950 parce que la science a progressé, mais c’est surtout le lien thérapeutique qui a changé à mon avis. Quand le docteur cligne des yeux et que les signes de piastres apparaissent, c’est mieux de se méfier. Généralement, l’indifférence voire l’insouciance se glissent à travers les signes de piastres. Je ne mets pas tout les médecins dans le même bateau, je trouve qu’il y en a plusieurs qui ont laissé tomber la  »vocation » pour prendre l’argent qui lui, est intéressant. Les femmes médecins établissent plus facilement que les docteurs, un lien de confiance et un intérêt pour le mieux-être du malade que les hommes.

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