Le tribunal populaire et le lynchage.

Je me souviens, il y a cela bien des années, qu’une petite fille du primaire accusa son professeur d’éducation physique d’attouchements sexuels. Puis cinq autres compagnes, en soutien, proférèrent la même accusation. Voilà six mères en croisade.Le professeur fut au banc des accusés et la rumeur se faufila à toute la petite ville. Une plainte aurait suffi, mais six allégations réussirent à mettre le prof au ban des pestiférés. Une enquête plus poussée dévoila le mensonge fabuleux des six enfants qui lui reprochaient une décision impertinente.

L’école a rétabli aussitôt le prof dans sa fonction. Les mères ne lâchèrent pas le morceau en refusant que, même innocenté, il enseigne à leurs enfants. Dans un climat aussi malsain, le professeur dut se résigner à déménager sa famille sans une autre petite ville. Inconnu. C’était sans compter la croisade des mères jusqu’à ce nouveau patelin. « Coupable d’être innocent ! »

Incapable de lutter contre la hargne populaire. Sa famille explosa. Il dut se résigner à quitter l’enseignement, complètement défait et meurtri, il vaqua à de nouveaux emplois anodins. Anonyme. Une vie détruite. Victime de la « justice populaire ».

Cette histoire m’est revenue en tête en m’abreuvant de l’actualité sur toutes ces allégations où le « médiatique tribunal dit populaire » s’évertue à lyncher en série différentes personnalités. Les plaintes se comptent par centaines. Certaines pertinentes et d’autres plus légères.

Les médias jouent les Ponce Pilate pour livrer en pâture au public de présumés innocents, selon les normes de notre société civilisée soit sans accusations formelles du tribunal.

Les victimes accusatrices, inconnues et anonymes pour la plupart se libèrent de ces actes perturbants et pénibles qui les ont enchaînés dans le silence pendant de nombreuses années. Comment ne pas être sensibles à leur désarroi ? Comment ne pas être révolté par l’infamie dont elles ont été victimes ?

Pourtant, sous leur anonymat se triture une autre injustice collatérale. Les plaintes sont-elles toutes judicieuses ? Peu importe !  Si elles sont véhiculées par les médias sociaux et repris par les grands médias !

L’ère des allégations anonymes nous rappelle le danger de l’histoire décrite en ouverture  de ce texte.  Il y a bien sûr les accusations audacieuses à visages découverts qui sont plus crédibles surtout si elles sont acheminées par le processus légal reconnu. Elles méritent le respect.

Il faut toujours se rappeler que des réputations et des carrières peuvent dégringoler de leur piédestal et apporter une punition sévère avant même une condamnation formelle.

Mais je me demande où elle est cette justice dans notre monde de droit ?  La justice passe-t-elle par une vengeance véhiculée par le canal des médias.  Les identités des personnages accusés par allégations nécessitent une retenue morale et éthique de la part des médias jusqu’à l’accusation officielle.  Une morale et une éthique qui prend le bord couramment.

La liberté d’expression et le droit à l’information doivent respecter certaines balises pour éviter les lynchages qui rappellent le moyen âge. La présomption d’innocence est une valeur de notre système juridique. Il sera toujours difficile de distinguer le vrai du faux, la version de l’un et de l’autre.  Laissons aux juges cette besogne subtile.

Et que dire des « justiciers » qui, comme dans l’affaire Rozon ne sont pas victimes, décident de le lyncher jusqu’à détruire un fleuron du Québec qui rayonne sur la scène internationale.

Depuis 1998, les humoristes en cause connaissaient le bonhomme et ses frasques condamnables et condamnées. Ils l’ont côtoyé depuis et ont profité de l’organisation efficace de Juste pour rire tant sur le terrain que dans les médias sans pour autant le maudire. Leur pureté sociale vient de surgir soudainement devant les nouvelles allégations. Sont-ce les vraies motivations ?

Non seulement les « justiciers » auraient pu négocier les bonnes mœurs futures avec le nouvel acheteur et profiter de leur nouvelle richesse personnelle pour investir dans cette compagnie revampée.

Ils reprochent les subventions récoltées par Rozon. La première action qu’ils ont posée fut de quémander des subventions gouvernementales.  Sans investissements personnels de leur part.  Quel  est l’empressement des ministres Anglade  et Joly de sauter dans ce chariot à démolition ?  Subventionneront-elles les deux compétiteurs ?

Les uns veulent réduire le prix des billets et les autres augmenter le salaire des techniciens. On est loin du support aux agressées et aux harcelées.

On détruit un pays pour  régner sur ses cendres. On est plutôt devant un Power trip.

Je me souviens du support gouvernemental important au président  Simard du Festival de Jazz pour remplacer le Festival de cinéma, plutôt moron, de Losique. On sait qui a remporté la mise. Losique est toujours aux commandes. Près de 5 millions de dollars en subventions gaspillés.

Risque-t-on de se retrouver avec  deux festivals ? L’un bilingue, solide et structuré, mais magané, en manque d’humoristes locaux. Et l’autre un festival local avec quelques galas et quelques bouffons. C’est le prix à payer pour une première année.  Et la suite ?

La conclusion de ce texte s’intéresse d’abord aux victimes qui doivent dénoncer, mais dans une structure où la justice officielle et compatissante permettra l’analyse  juste des allégations dans l’anonymat. Sans traumatiser les victimes.

Si une cause survient devant les tribunaux, un huis clos apparait nécessaire pour protéger l’identité de la victime dans un premier temps comme on protège le nom d’un mineur dans une cause.  Si l’accusé est condamné, à ce moment seulement, son nom et les accusations seront connus et diffusés médiatiquement. Le système judiciaire doit éviter d’être court-circuité par une justice médiatique de lynchage et doit garantir la confiance de l’anonymat.

Et les « justiciers » qui remplacent les vrais tribunaux devraient être matés tant et aussi longtemps que les condamnations tardent à être connues. Pour ce faire, la justice officielle se doit d’être rapide et efficace à court terme, sinon la perte de confiance refera surface.

Et encore mieux la société doit  se doter de mécanismes de prévention pour que toutes ces histoires n’aient pas lieu. Et que les médias respectent les balises de la liberté d’expression  et de la présomption d’innocence.

 

 

 

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