Faut-il bannir le mot VIEUX du vocabulaire ?

Je revendique le droit d’appeler vieux… un vieux.  Je me suis souvent exprimé sur ce sujet. Et je reste surpris comment on refuse de se décrire comme vieux. En fait, on a attribue au terme de vieux une vieillesse déficiente, maladive. Alors que le mot vieux est à la vieillesse ce que le mot jeune est à la jeunesse. On ne peut être vieux et jeune en même temps.  Il y a trois étapes, trois tiers, dans la vie soit la jeunesse, l’âge adulte et la vieillesse. On ne peut appeler jeune qu’un jeune de moins de trente ans. Et vieux la personne âgée de plus de 65 ans.  Un vieux peut être en forme ou malade, alerte ou handicapé. Tout comme un jeune. Le mot vieux ne s’adresse qu’à une période de la vie et non à la santé ou sa condition physique ou psychique.

En en croire une intelligentsia, il faudrait bannir ce mot du vocabulaire parce qu’il fait …vieux.  Et, semble-t-il, ce n’est pas bien de dire « vieux » à un vieux.  Comme le mot aveugle qui devient non-voyant ou sourd qui devient malentendant ?  Pour moi, un sourd est un sourd, un chat est un chat et un Vieux est un Vieux.  Tout comme moi !  Qui a 72 ans !  Je trouve ridicules toutes les expressions qu’on tend à employer pour éviter de prononcer le mot « vieux».  On dit bien JEUNE pour identifier la jeunesse.  N’est-il pas normal de dire vieux pour identifier la vieillesse.  Je suis disposé à arborer ce terme comme un galon à mon épaule, pour les 20 prochaines années.  Après on dira de moi : le vieillard.  Doit-on noter que les mots vieillesse, vieux et vieillard commencent par les trois lettres de…vie ?

Qui sont ces gens qui se sont permis de dénaturer le mot vieux ?  Sous quel prétexte a-t-on décidé d’excommunier le mot vieux ?  Pour contourner en douce ce mot, on a même inventé, dans de quelconques officines, de curieuses expressions qu’on imagine valorisantes pour faire oublier le pseudo décevante vieillesse.  L’innovation du siècle, exclusive au Québec : « l’âge d’or » !  Si la vieillesse est l’âge d’or pour plusieurs, je doute que les vieux qui sont handicapés ou à la santé vacillante dans les institutions s’en réjouissent.  L’âge d’or, n’est-ce pas aussi l’insouciance heureuse d’un enfant ?  Et n’est-ce pas aussi la période passionnée d’un couple amoureux ?  À quelle époque est-ce l’âge d’or ?  Même la Fédération de l’âge d’or, la FADOQ n’emploie plus le terme âge d’or. Dans la même lignée que « l’âge d’or », dites-moi aussi c’est quand « le bel âge » ?  En quoi, ces deux expressions représentent-elle exclusivement la vieillesse ?  Tant d’efforts pour ne pas prononcer le mot… vieux.  En consultant des publications de la francophonie, comme la France et la Belgique, je retrouve partout l’utilisation du mot vieux.  Ce n’est qu’au Québec qu’on le cache ou le prononce en sourdine.

Que dire du mot « senior ».  Sans un accent aigu.  L’expression est courante et s’impose de plus en plus en France.  De conserve avec le mot «vieux ».  Les deux ont droit de cité.  Certains me diront que senior est un terme sportif.  Dans la presse française, je lis souvent le terme de « senior » pour identifier les vieux.  Plusieurs le classent comme un anglicisme alors qu’il est d’origine latine, qui veut dire « plus âgé ».  En conséquence, voici un autre mot en osmose avec les origines de la langue française, qui devrait s’imposer ici.  En Amérique, on dira, dans le cas d’un père et un fils avec le même nom, Paul senior et Paul junior, un vice-président senior : ça, c’est une forme anglaise.

On catalogue avec le terme « troisième âge » les gens de 65 à 80 ans et le terme « quatrième âge » pour définir l’après 80 ans.  Alors, c’est quand le « premier » et le « deuxième âge » ?  Je ne l’entends jamais.  Tout ça pour éviter de dire le mot… vieux.  Pourtant, il s’utilise bien pour souligner l’étape qui deviendra ultime.

Il y a aussi « doyen », « vétéran » ou « sénateur » dans certaines circonstances bien précises seulement.  Que dire des « anciens » ?  Les anciens d’un collège, les anciens du Canadien, les anciens d’un village pour désigner avec respect les sages, quoique les anciens d’un collège soient souvent encore jeunes.  Puis, l’expression, les « gens âgés » « les personnes âgées ».  Pourquoi pas ?  C’est la réalité.  Puis les « aînés ».  Tiens je tique sur celui-ci.  L’aîné d’une famille est le plus âgé.  Mais, si on dit les aînés, on identifie les plus âgés d’une nation.  Donc, je suis un aîné dans la société, même si je suis le benjamin de ma famille.  Cette identité se porte bien et j’aime l’employer.

Faut en conclure que le mot le plus juste se confine dans l’expression « un vieux», le mot qui s’assimile avec osmose à la vieillesse.  Tout commence à 65 ans : le troisième tiers de la vie.  La vie prend ses couleurs d’automne.  Le chèque de la sécurité de la vieillesse soit la pension fédérale commence à 65 ans.  Le corps commence à faire sentir des défaillances et nous oblige à de nouvelles habitudes.  La réponse résiderait-elle dans l’occasion d’annihiler la crainte de vieillir ou d’accéder au nouveau cénacle ?  On y accède tous.  Ce n’est pas le choix des mots qui réussiront à nous rajeunir.

Pour savoir vieillir, il faut avoir appris à vivre.  On dit bien des vieux qu’ils sont des « sages ».  Pourquoi pas ?  J’en suis flatté.  Les expériences, les observations et les émotions d’une vie entière apportent un savoir et, avec le recul, une sagesse.  Malgré mes propos, je suis surpris que des vieux continue de dire qu’ils ne sont pas vieux, qu’ils sont encore jeune. Incroyable des jeunes de 75 ans.

J’entendais une animatrice de radio dire à une dame de 80 ans qui venait de sauter en parachute qu’elle n’était pas vieille mais jeune. Mes cheveux se sont dressés sur la tête. Pour moi, elle est une vieille femme en forme et audacieuse.

Donc je revendique mon titre de vieux et de Sage.  Tout comme Dany Laferrière et Normand Brathwaith se permettent d’employer abondamment le terme de « nègre », si souvent décrié socialement.  Alors je revendique le droit de dire « vieux ».  Même si notre société n’aime pas les vieux …et le mot vieux.

 

 

 

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4 réflexions au sujet de « Faut-il bannir le mot VIEUX du vocabulaire ? »

  1. Bonjour,

    Je partage le fait d’appeler un vieux un vieux… J’ai 63 ans et il est facile de me faire des ennemis en traitant mes pairs de vieux… bien sûr, je m’inclus.
    J’ai déjà dit à un voisin qui a 68 ans, qui m’avait répondu: « Je suis jeune de cœur ». Alors, je lui ai demandé: « Est-ce que tu reçois la pension de vieillesse?… Si oui, tu devrais la retourner au gouvernement et demander des allocations familiales! » Il va sans dire qu’il ne me parle plus.
    Ginette

  2. Merci de décortiquer toutes ces appelations. Il est de loin beaucoup plus confortable de vivre selon notre âge que de forcer sans cesse de ne pas le paraître. Une aînée de bientôt 68.

  3. Bonjour,
    Je suis une petite vieille de 60 ans et je suis toujours surprise de voir la réaction horrifiée des gens lorsque j’utilise les mots ou expressions  » vieux, vieille, vieille peau, mémère « . Pourtant j’espère bien avoir un jour le bonheur d’être appelé « mémère » par mes petits enfants. Ce mot me rappelle d’ailleurs toujours ma grand-mère qui me manque beaucoup. Merci pour votre article, je le trouve très réconfortant et rafraîchissant.

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